IDDRR
Liban : un avenir plus sûr pour les travailleuses
L'initiative de la HEAD sur la sécurité chimique des femmes montre qu'un investissement ciblé dans la santé au travail peut protéger les travailleuses, préserver les moyens de subsistance et renforcer la résilience face aux catastrophes à évolution lente, prouvant ainsi que la prévention est plus intelligente que la récupération.
ORGANISATION
Association pour le développement de l'environnement humain - HEAD
LIEU
Beyrouth et Mont-Liban, Liban
Investir dans la sécurité des femmes avant la catastrophe
Au Liban, des milliers de femmes gagnent leur vie dans des secteurs informels tels que le tri des déchets, l'agriculture et le nettoyage domestique. Ces emplois les exposent à des produits chimiques nocifs, notamment le bisphénol A (BPA) et les phtalates, des substances liées à la stérilité, aux troubles endocriniens, aux cancers et aux problèmes de développement chez les enfants.
Sans intervention, l'exposition non protégée pourrait déclencher une crise de santé publique à évolution lente, mettant à rude épreuve le fragile système de santé libanais et aggravant les pertes économiques pour les familles qui dépendent des revenus des femmes.
La HEAD a reconnu l'urgence : investir tôt dans des mesures de réduction des risques de catastrophes (RRC) pour la santé des femmes pourrait permettre d'éviter des coûts sociaux et économiques bien plus importants.
Financer la prévention et non la guérison
Entre 2021 et 2023, la HEAD a mis en œuvre l'Initiative pour la sécurité chimique des femmes grâce à une combinaison de soutien de donateurs internationaux et de contributions nationales. Le financement a été utilisé pour :
- Organiser des ateliers de formation pour plus de 350 travailleuses sur les risques chimiques, la manipulation en toute sécurité et les solutions de protection.
- Distribution de 500 kits de protection individuelle (gants, masques, récipients sûrs) adaptés aux travailleurs des secteurs de l'agriculture et des déchets.
- Piloter des produits de substitution plus sûrs dans les salons de beauté, où les plastiques contenant du BPA et les cosmétiques chargés de phtalates sont courants.
- Plaider pour des politiques de santé au travail sensibles au genre, alignées sur les conventions de l'Organisation internationale du travail (OIT)

Graphique utilisé lors de la campagne de sensibilisation de HEAD. Crédit : HEAD
Impact sur les vies et les moyens de subsistance
L'initiative a produit des résultats tangibles pour les femmes qui travaillent dans le secteur informel :
- Protection de la santé : Les participants ont signalé moins de cas d'irritation de la peau, de gêne respiratoire et de vertiges - des symptômes auparavant considérés comme faisant partie du travail
- Stabilité économique : Des conditions de travail plus sûres réduisent l'absentéisme et garantissent des revenus plus stables aux ménages.
- Effet d'entraînement de la prise de conscience : Les femmes formées sont devenues des porte-parole dans leurs communautés, promouvant des pratiques de protection auprès de leurs pairs et des membres de leur famille.
- Influence sur les politiques : Le projet a permis pour la première fois aux services de santé municipaux de dialoguer avec les femmes exposées à des produits chimiques sur leur lieu de travail.
Un participant a fait part de son expérience :
"Avant cette formation, je ne savais pas que les gants et les masques pouvaient me protéger des produits chimiques dans mon travail quotidien. Aujourd'hui, non seulement je me protège, mais j'en parle aussi à mes collègues et à mes filles. Cela me donne la force de continuer.
Prévenir les pertes, renforcer la résilience
En orientant le financement vers la prévention plutôt que vers des mesures réactives, la HEAD a permis d'éviter une catastrophe à évolution lente, qui aurait pu entraîner des coûts de santé considérables et de graves pertes pour la santé et les moyens de subsistance des femmes.
L'initiative démontre comment un investissement proactif dans la RRC renforce la résilience : en protégeant les travailleurs, en renforçant l'autonomie des femmes et en montrant que le financement de la réduction des risques de catastrophe n'est pas une dépense mais un investissement dans le développement durable et la dignité humaine.
En cette Journée internationale de la réduction des risques de catastrophe, le GNDR appelle les gouvernements, les bailleurs de fonds, le secteur privé et les institutions financières à donner la priorité au financement de la résilience, et pas seulement au financement des catastrophes lorsqu'elles surviennent.
Photo d'en-tête : Gudrun Jevne/OIT